





















Business Insights 11 – Cyberattaque du ministère de l’Intérieur : social listening réputationnel
Type de document : Article
Publication : Cabinet Timour
Commanditaire : N/A
Accès : Libre
Auteurs : Mathis B. Timour, David Salgado
Date : 2025
Tags : Cyberattaque, Hack, Leak, Minint, Ministère de l’intérieur, Breachforums, Social listening.
Contact : contact@timour.org
Décembre 2025, plusieurs cyberattaques ont touché des ministères français, le ministère de l’Intérieur et le ministère des Sports. Notre analyse se concentre sur l’attaque contre le ministère de l’Intérieur, qui a touché des applicatifs internes et des bases de données sensibles.
L’intrusion a permis l’accès non autorisé à des plateformes et des fichiers confidentiels, via des comptes compromis, sans perturbation majeure des services opérationnels.
Les autorités enquêtent sur l’origine et l’ampleur exacte de l’attaque, avec une probable exfiltration de données, mais les détails techniques restent limités publiquement.
En une semaine c’est :
- 2 ministères touchés
- +59 articles publiés dans la presse nationale
- Des dizaines de milliers de publications sur les réseaux sociaux
Une catastrophe en termes d’image et de crédibilité.
Timour accompagne ses clients en amont, durant et après les crises, en fournissant de l’information à haute valeur ajoutée afin de renforcer leur résilience face aux crises et leur permettre d’en tirer profit, à travers une prise de décision adaptée et une communication plus efficace.
Après avoir publié son rapport d’investigation sur l’attaque réputationnelle contre Naval Group, Timour vous propose aujourd’hui de découvrir l’analyse des retombées réputationnelles de l’attaque contre le ministère de l’Intérieur.
Pour cela, nous avons réalisé une analyse quantitative et qualitative des discours présents dans l’espace public, à travers la collecte et l’analyse de données issues de 48 articles de presse et de +1800 publications sur les réseaux sociaux.
Coup de com pour le retour de Breachforums
Le célèbre forum de hackers avait diapru plus tôt cette année à la suite de plusieurs arrestations.
Depuis, dans l’univers très compétitif du hacking, d’autres forums ont pris sa place.
Des copy cats* du forum original sont également apparus, certains utilisant la notoriété de BreachForums (BF) pour des arnaques.
Le prestige de l’attaque et la médiatisation du site grâce à l’attaque servent à asseoir la légitimité du forum réapparu et à en faire sa promotion.
Un retour remarqué mais qui laisse le doute
L’annonce du retour du site via un mail envoyé par une adresse mail liée au ministère de l’Intérieur, tout comme l’inaccessibilité du site lors du lancement, laissent perplexe.
Le forum est qualifié de pot de miel, c’est à dire un piège des autorités visant à attirer les hackeurs.
Le site est finalement fonctionnel et un message d’explication est publié sur le forum, ce qui contribue à légitimer le site.
Les réactions de la communauté sur BF
Si des doutes subsistent sur la légitimité du site et du hack, la communauté s’exprime :
- De manière positive, heureuse de voir le forum rouvrir.
- Critique les failles de sécurité du ministère et se réjouit du chaos à venir.
- Inquiétudes et questionnements sur l’arrestation potentielle d’Indra, le hackeur de l’attaque.
Leaders d'opinion
INDRA
Le hackeur, il s’agit de l’un des principaux protagonistes, celui qui est à l’origine de la crise. L’un de ses objectifs affichés est le discrédit de la puissance publique.
LAURENT NUÑEZ
Le ministre de l’Intérieur, l’autre protagoniste principal, dispose d’un important relais médiatique et sa parole est respectée.
Néanmoins, son discours de transparence et de revitalisation prend mal dans la société en raison de plusieurs incohérences de narratifs et d’erreurs de communication.
CLÉMENT DOMINGO
Et les autres commentateurs techniques ont eu un poids particulièrement important dans le développement de la crise réputationnelle. Ils ont su transmettre des clés de compréhension dès le début de la crise, alors que peu d’informations circulaient alors. Ils ont par ailleurs qualifié l’événement de “vrai échec collectif” et souligné les “négligences” et ”l’amateurisme”.
L’ensemble des sections suivantes commente de nombreux graphiques, aussi pour une meilleure lisibilité nous vous recommandons de vous référer au document ci-dessus.
Forte médiatisation de l'attaque
L’ensemble des sections suivantes contient de nombreux graphiques, aussi pour une meilleure lisibilité nous vous recommandons de vous référer au document ci-dessus.
Timour a réalisé une analyse narrative de 48 articles publiés entre le 12 et le 17 décembre.
Les journalises mettent en lumière des éléments qui érodent la crédibilité du ministère de l’Intérieur.
Les articles sont nuancés, prudents et tendent parfois au scepticisme, la majorité des articles souligne les zones d’ombre du dossier, aussi bien de la part des autorités que du hacker.
Critiques à l’égard du ministère
Les articles ne sont pas tendres avec le ministère. Les critiques formulées portent tant sur des défaillances techniques et humaines que sur la gestion politique de la sécurité des données.
La révélation de failles de sécurité élémentaires déplace instantanément le focus médiatique de l’acte malveillant vers la responsabilité de l’organisation.
Gestion de crise du ministère
Interviews, citations, reprises de déclarations et de communiqués, la parole officielle est largement relayée dans les articles. Les journalistes restent réservés sur l’emploi de termes négatifs ou dégradants à l’égard du ministère, et la parole de celui-ci n’est que très marginalement remise en question.
Cependant, devant la gravité de la situation, cette parole et les arguments avancés par le ministère apparaissent insuffisants pour convaincre et restaurer la confiance.
Des répercutions stimulées par les propos de Beauvau
Au contraire, les déclarations officielles ont même contribué à dégrader davantage l’image de l’institution.
L’élément le plus dévastateur pour la réputation du ministère est l’aveu d’une faillite de l’«hygiène numérique», caractérisée par la transmission de mots de passe en clair par mail, ainsi que l’absence de double authentification (MFA) avant l’incident, alors que ces standards sont préconisés par l’ANSSI depuis 2017.
Cette vulnérabilité face à des techniques aussi simples que le phishing, révèle une négligence structurelle et sape la confiance des citoyens dans la capacité de l’État à protéger leurs données les plus sensibles.
Admettre ces manquements élémentaires est perçu comme un aveu “d’amateurisme” plutôt que comme un exercice de transparence.
Tentatives de minimisation
La gestion et communication de crise du ministère est perçue comme une tentative de minimiser les faits et l’ampleur de l’attaque, ce qui nuit à la perception de transparence du discours officiel.
Bataille des chiffres
Alors que les hackers revendiquent le vol de données concernant 16,4 millions de personnes, le ministère s’efforce de ramener ce chiffre à « quelques dizaines de fiches ».
Écarts de discours
Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a d’abord affirmé qu’il n’y avait « pas de trace de
compromissions graves » avant que la situation ne soit qualifiée de « très grave » quelques jours plus tard devant l’Assemblée nationale.
Réassurances intenables
Le discours d’une attaque qui « ne met pas en danger la vie de nos compatriotes » revient systématiquement, mais il est contrebalancé par la potentielle fuite de fichiers comme le TAJ (antécédents judiciaires) qui expose des témoins et des victimes à des chantages.
Réactions de l'opinion publique
L’opinion publique est bien plus dure envers l’administration et l’État que ne le sont les descriptions médiatiques.
La crise réputationnelle, qui se cumule à la crise cyber, entraîne une perte de confiance de la population qui est exprimée à l’égard de l’État en général ou de l’institution en particulier.
La parole officielle est inaudible et est perçue comme une tentative de couvrir des failles structurelles.
Inquiétude et spéculations
La crise sidère et suscite de l’incompréhension, nombreux sont ceux qui expriment leur inquiétude quant à la présence de certaines de leur données sur internet ou entre les mains de personnes malveillantes.
Rapidement, des commentateurs s’empressent de pointer du doigt des puissances étrangères, en premier lieu desquelles la Russie, les États-Unis avec Palantir ou encore l’Ukraine, d’autres tournent en dérision ces théories.
Expression d’un doute sur l’ampleur du hack
Le doute s’exprime d’abord par le contraste flagrant entre les déclarations du ministère et les revendications du hackeur. Les commentaires qualifient les chiffres officiels de « mythos » ou de « mensonges ». Certains comparent ironiquement ce décompte à celui des participants aux manifestations.
Demande de justice
Quelques voix s’élèvent pour réclamer des sanctions exemplaires, qualifiant le hackeur de « traître à la nation ». Elles soutiennent la réponse pénale, attendant une « peine de prison à 2 chiffres ». Ces demandes de justice sont également formulées envers les fonctionnaires négligents. De même, la démission du ministre est parfois demandée, conjointement avec des critiques de sa personne, de l’administration ou de l’État.
Soutien aux protagonistes
La faible disparité entre le soutien au hackeur (vu comme un expert agile) et le soutien à l’État (perçu comme “lent” et “obsolète”) suggère que la communication de crise doit moins porter sur l’attaquant et son arrestation que sur la preuve de mesures concrètes prises afin de renforcer les dispositifs de protection et de défense.
Cela est soutenu par la statistique qui suivra concernant la demande de justice relativement faible. Pourtant, le ministère a choisi, pendant la crise, de massivement communiquer sur l’arrestation.
Le mythe du petit génie
D’ailleurs, lors de son arrestation, de nombreux commentaires qualifient le hackeur de 22 ans de « génie de l’informatique ».
Le respect s’exprime par le contraste entre son âge et l’ampleur de la cible : « À 22 ans il a simplement mis en lumière les défaillances incroyables du ministère… moi je dis en respect ».
Une partie du public admire le fait qu’une personne seule puisse mettre « à genoux la France ». Certains internautes voient en lui un « crack » dont le talent dépasse de loin celui des experts officiels. Ce trope est bien ancré dans la société avec la vision héroïque du hackeur s’attaquant à des projets de surveillance étatique contestés.
Légalité et sécurité nationale
Certains internautes rappellent que la démarche des pirates est « condamnable et ne peut pas être présentée comme éthique ». Une partie du public félicite la rapidité de l’interpellation (5 jours), y voyant une preuve de l’efficacité des services de police. Quelques rares commentaires soutiennent les responsables politiques en place, comme Laurent Nuñez, le qualifiant d’homme « compétent » et de « l’homme de la situation » malgré la crise.
Érodement de la confiance en l'institution et en l'État
Les échecs de sécurité récents renforçent un sentiment d’incompétence systémique, en particulier aprés le vol au musée du Louvre qui a révélé des dysfonctionnements majeurs.
L’attaque du ministère des Sports, survenant dans le sillage immédiat de celle du ministère de l’Intérieur, crée un effet domino qui fragilise les piliers d’une confiance publique déjà affaissée.
La stratégie de communication du ministère de l’Intérieur s’est heurtée à une crise réputationnelle profonde. Si les éléments de langage officiels ont saturé l’espace médiatique pour rassurer l’opinion, ils n’ont pu masquer le cœur du problème : la transformation d’une institution régalienne en victime passive. Le méta-discours ambiant souligne que l’intrusion n’est pas tant le fruit d’une attaque imparable que celui d’une négligence systémique ayant érodé la crédibilité du garant de la sécurité nationale.
Effets de bord et signaux faibles
En plus des lourds effets sur la crédibilité du ministère, plusieurs éléments imprévus et conséquences de la crise, ou renforcés par cette dernière, sont apparus lors de notre écoute :
Des associations de défense des libertés individuelles, comme La Quadrature du Net, utilisent cet incident pour dénoncer la nature même des fichiers gérés par le ministère.
La France apparaît vulnérable et la multiplication des couches administratives disposant de bases de données plus ou moins bien protégées, cumulée à des dispositifs défaillants et à des négligences, font d’elle une cible pour les hackeurs cherchant un coup d’éclat.
Un point de rupture majeur apparaît sur la dématérialisation forcée et la centralisation des données, dont certains citoyens estiment que l’État ne serait pas un garant digne de confiance.